Mercredi 23 septembre 2026

Les États-Unis ont refusé d’accorder un visa au commandant de l’armée soudanaise, le général Abdel Fattah al-Burhan, afin qu’il puisse se rendre à New York pour s’adresser à l’Assemblée générale des Nations Unies, dans un geste diplomatique sans précédent qui marque un point bas dans les relations entre Washington et Khartoum depuis le début de la guerre.

Un visa conditionné à un cessez-le-feu de trois mois

Selon plusieurs agences de presse, les États-Unis ont conditionné la délivrance du visa à l’acceptation par al-Burhan d’une proposition de cessez-le-feu de 90 jours, avancée par Massad Boulos, haut conseiller américain pour les affaires arabes et africaines. Le gouvernement d’al-Burhan a rejeté la proposition, estimant qu’une trêve ne ferait que permettre aux Forces de Soutien Rapide (RSF) de se regrouper et de reprendre leurs attaques. Washington a, en conséquence, maintenu le refus de visa [1][2].

Les fonctionnaires américains ont rendu la présence de Burhan à l’ONU contingente à son acceptation d’un cessez-le-feu de 90 jours proposé par Massad Boulos, selon une source diplomatique soudanaise et un analyste occidental proche des responsables américains et soudanais. L’armée soudanaise avait déjà exprimé des réserves sur le plan de Boulos en juillet [3].

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’est dit « profondément préoccupé » par le fait que le visa n’ait pas encore été délivré au président du Conseil souverain de transition du Soudan, et a engagé des discussions avec Washington sur cette question [4].

Un conflit que personne n’a réussi à arrêter

Depuis le 15 avril 2023, le Soudan est plongé dans une guerre dévastatrice entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de Soutien Rapide (RSF), que l’ONU décrit comme la pire crise humanitaire au monde. Aucune initiative régionale, internationale ou onusienne n’est parvenue jusqu’ici à y mettre fin.

Washington veut que les deux parties acceptent une trêve humanitaire et s’engagent dans un dialogue politique inclusif menant à un gouvernement civil, selon le département d’État américain [1].

Al-Burhan devait s’exprimer jeudi

Al-Burhan était inscrit pour s’adresser à l’Assemblée générale jeudi. Il reste incertain qu’il puisse s’y rendre ; des sources diplomatiques à Khartoum ont déclaré au Sudan Tribune qu’elles espéraient toujours que le visa soit délivré, rapporte le Washington Examiner. Une autre source soudanaise a toutefois indiqué à Reuters que le ministre des Affaires étrangères, Mohieldin Salem, pourrait prononcer le discours à sa place [1].

Les autorités soudanaises n’ont pas répondu à la demande de commentaire de Reuters concernant le refus de visa. Cependant, l’ambassadeur du Soudan auprès de l’ONU, Al-Harith Idriss Al-Harith, a écrit au secrétaire général António Guterres dans une lettre datée du 21 septembre, l’exhortant à intervenir auprès des autorités américaines pour garantir la délivrance du visa [2].

Une source diplomatique a qualifié le refus américain de « violation claire de l’accord entre l’ONU et les États-Unis », soulignant les obligations du pays hôte à l’égard des représentants des États membres [5].

Le point le plus bas des relations Washington-Khartoum

Reuters a décrit ce différend comme le point le plus bas dans les relations entre Washington et l’armée soudanaise depuis le début de la guerre. Ces relations étaient déjà tendues en raison d’une proposition américaine visant à étendre l’embargo sur les armes au Darfour à l’ensemble du pays, une mesure que les partisans d’al-Burhan estiment qu’elle punirait de manière disproportionnée l’armée [1].

Dans un article publié par le magazine américain Foreign Policy lundi, al-Burhan a estimé que les efforts de cessez-le-feu menés par des parties extérieures n’avaient pas permis de mettre fin à la guerre, et qu’une paix dictée de l’extérieur ne durerait pas.

Une légitimité retirée, un nouveau coup pour Al-Burhan

Alors que les informations sur le visa refusé faisaient surface, le département d’État américain a publié une déclaration mardi déclarant qu’aucune des parties belligérantes au Soudan ne détient une autorité légitime.

Le porte-parole du département d’État, Tommy Pigott, a déclaré que ni les Forces armées soudanaises, ni les Forces de Soutien Rapide, ni leurs dirigeants respectifs « ne représentent une gouvernance constitutionnelle légitime pour le Soudan — ils gouvernent uniquement par la force des armes ». Il a ajouté que « la conduite de chacun des dirigeants des factions belligérantes les rend inéligibles pour gouverner le pays » [6][7].

Il a ajouté que les États-Unis étaient prêts à travailler avec quiconque est un partenaire sérieux pour la paix au Soudan, et que Washington « chercherait à augmenter le coût de la poursuite du conflit pour tous les belligérants » ainsi que pour les réseaux qui alimentent la guerre [8].

L’ancien Premier ministre civil soudanais Abdalla Hamdok se trouve à New York cette semaine pour participer aux événements de l’Assemblée générale aux côtés des membres de sa coalition anti-guerre, a rapporté Reuters.

Une crise humanitaire d’une ampleur inédite

Le conflit a déplacé près de 14 millions de personnes : 9,3 millions à l’intérieur du Soudan et 4,4 millions qui ont fui vers les pays voisins, selon les chiffres de l’ONU d’octobre 2025. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), 33,7 millions de personnes nécessitent une assistance humanitaire en 2026 [9][10].

Le Soudan représente aujourd’hui la plus grande crise de déplacement interne au monde, et les besoins humanitaires ne cessent de croître alors que les agences d’aide sont contraintes de réduire leurs opérations en raison des coupes budgétaires.

Références

  1. Arab News — « US ties Sudanese army leader’s UN visa to ceasefire plan, sources say » (22 septembre 2026) [1]
  2. Reuters / ThePrint — « US ties Sudanese army leader’s UN visa to ceasefire plan, sources say » (22 septembre 2026) [3]
  3. Arab News — « US slams lack of ‘legitimate’ governance in Sudan » (23 septembre 2026) [6]

Al Jazeera — « Tracking Sudan’s humanitarian crisis: By the numbers » (15 décembre 2025) [9]

By Boutard

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