Reportage · 7 septembre 2026 · Khartoum / Washington ·

ENQUÊTE · SOUDAN

Des messages secrets placent al-Burhan au cœur du programme d’armes chimiques du Soudan

Un dossier transmis par un service de renseignement régional et examiné par le New York Times et le Washington Post révèle que le chef de l’armée soudanaise avait une connaissance directe d’un programme de munitions au chlore, et aurait ordonné d’en effacer les traces après les sanctions américaines.

Par La rédaction de l’Observatoire

Le 5 septembre 2026, le New York Times a publié une enquête fondée sur environ 150 documents, photographies, enregistrements et des milliers de messages, selon laquelle le commandant de l’armée soudanaise, le général Abdel Fattah al-Burhan, avait une connaissance directe d’un projet de développement de munitions à base de chlore durant la guerre qui l’oppose aux Forces de soutien rapide (FSR). [1]

Selon le quotidien, le projet aurait débuté en juillet 2024 et se serait développé sur plusieurs mois jusqu’à la production de centaines de munitions. Les documents indiquent qu’une bombe a été testée dans la région de Merowe, et que des messages échangés après l’essai ont évoqué son succès tout en insistant sur le maintien du programme dans un « secret absolu ». [2]

Le Washington Post apporte un indice supplémentaire dans le même sens, évoquant un message daté de septembre 2025 destiné à rassurer al-Burhan sur le fait qu’une base militaire servant au stockage des armes avait été « débarrassée des traces et des résidus ». [3]

Des communications interceptées qui impliquent directement al-Burhan

Le New York Times précise que les communications vocales et écrites incluent des contacts avec al-Burhan et indiquent qu’il était informé des efforts présumés. Cet élément prend une importance accrue à un stade ultérieur : selon le journal, des communications interceptées font état d’instructions attribuées à al-Burhan visant à effacer les traces du programme à la suite des sanctions américaines. [4]

Le colonel Tariq Madani, de l’armée soudanaise, aurait dirigé une grande partie du programme. Des messages et notes vocales qui lui sont attribués abordent l’assemblage, les essais et le stockage des armes, la plupart ayant été entreposées sur la base aérienne de Merowe, dans le nord du pays. [5]

« La question n’est plus seulement de savoir si une arme chimique a été utilisée, mais qui savait, quand ils le savaient, et quelles décisions ont été prises ensuite. »

— Analyse du dossier, septembre 2026 [6]

Une distinction juridique essentielle

Toutefois, les documents publiés imposent une distinction juridique et journalistique essentielle : la connaissance du programme — si elle est avérée — n’équivaut pas à l’émission d’un ordre d’utilisation des armes chimiques. Les documents publiés à ce jour ne fournissent pas une base suffisante pour affirmer de manière définitive qu’al-Burhan a personnellement pris la décision de les utiliser. [7]

L’armée soudanaise nie formellement les accusations. Parallèlement, une enquête constituée par les autorités soudanaises a conclu à l’absence de contamination chimique ou de rayonnement. [8] Ce comité d’enquête, mis en place après l’annonce des sanctions américaines le 22 mai 2025, comptait parmi ses conseillers le général Hussein lui-même, présenté comme l’architecte du programme selon une lettre figurant dans le dossier. [9]

Le contexte des sanctions américaines

Les États-Unis ont formellement déterminé, le 24 avril 2025 au titre de la loi de 1991 sur le contrôle et l’élimination des armes chimiques et biologiques, que le gouvernement soudanais avait utilisé des armes chimiques l’année précédente, en violation de la Convention sur les armes chimiques. Cette détermination a déclenché des sanctions, notamment des restrictions sur les exportations américaines et l’accès aux lignes de crédit du gouvernement américain, entrées en vigueur début juin 2025. [5][14]

En janvier 2025, le Trésor américain avait déjà sanctionné al-Burhan pour son commandement des Forces armées soudanaises, invoquant les attaques contre les civils, l’obstruction de l’aide humanitaire et l’opposition à une transition démocratique civile, sans identifier publiquement les armes chimiques comme fondement de cette désignation. [12]

Des preuves vidéo qui corroborent les allégations

L’équipe des Observateurs de France 24 a documenté deux incidents survenus en septembre 2024 au nord de Khartoum, où des séquences vidéo montrent des barils contenant du chlore largués depuis les airs. Le droit international interdit l’utilisation du gaz chlore comme arme. [11]

Aucun bilan mortel confirmé n’est connu pour les attaques chimiques présumées de l’armée soudanaise. Des enquêtes ont toutefois corroboré des preuves compatibles avec un largage de chlore depuis des aéronefs. [16] Un témoignage recueilli par The National évoque des personnes luttant pour respirer après une attaque présumée. [16]

Vers une enquête internationale indépendante ?

La correspondance liée à al-Burhan pourrait devenir la partie la plus sensible du dossier si l’affaire aboutit à une enquête internationale indépendante, puisque la question n’est plus seulement de savoir si une arme chimique a été utilisée, mais qui le savait, quand il le savait, et quelles décisions ont été prises ensuite. [6]

Les États-Unis ont déclaré être préoccupés par une « utilisation ultérieure » d’armes chimiques par l’armée, et se sont engagés à « traduire en justice ceux qui contribuent à la prolifération des armes chimiques ». [15][17] Le général al-Burhan devait notamment s’exprimer devant la 81e session de l’Assemblée générale de l’ONU. [15]

Les organisations de défense des droits humains et les observateurs internationaux appellent désormais à une enquête indépendante et transparente — distincte du comité mis en place par les autorités soudanaises elles-mêmes — afin d’établir les responsabilités individuelles et de garantir la reddition des comptes.

Sanctions entrées en vigueur début juin 2025 après détermination du 24 avril 2025. [14][18]

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Sources et références

[1] Document source : « Secret Messages Place al-Burhan at the Heart of Sudan’s Chemical Weapons ».

[2] The New York Times — « Sudan’s Military Has Used Chemical Weapons Twice, U.S. Officials Say » (16 janvier 2025). https://www.nytimes.com/2025/01/16/world/africa/sudan-chemical-weapons-sanctions.html

[3] The Washington Post — message de septembre 2025 sur le nettoyage d’une base de stockage (cité dans le dossier source).

[4] The New York Times — communications interceptées impliquant al-Burhan (cité dans le dossier source).

[5] The Defense News — « Secret Documents Reveal Details of Alleged Chemical Weapons Program in Sudan ».

[6] Analyse du dossier, septembre 2026.

[7] Dossier source — distinction juridique entre connaissance et ordre d’utilisation.

[8] Enquête des autorités soudanaises — absence de contamination conclue.

[9] Khaleej Times — « Chemical weapons in Sudan? Secret dossier reveals blueprints of chlorine bomb » (5 septembre 2026).

[10] HCNTimes — « Secret Dossier Adds to Evidence of Chemical Weapons in Sudan » (5 septembre 2026).

[11] France 24 — « Videos show the Sudanese army’s use of chlorine gas as a weapon » (9 octobre 2025). https://www.france24.com/en/africa/20251009-chemical-weapons-sudan-part-1-investigation-attacks-chlorine-al-jaili-refinery

[12] The Sudan Times — « Leaked files point to Sudan army chemical weapons programme » (5 septembre 2026).

[13] The New York Times — révélations de janvier 2025 sur l’usage d’armes chimiques.

[14] Reuters — « US to impose sanctions on Sudan after finding government used chemical weapons » (22 mai 2025). https://www.reuters.com/world/africa/us-imposes-sanctions-sudan-over-chemical-weapons-use-2025-05-22/

[15] The National — « New evidence points to chemical weapons use by Sudan’s army » (5 septembre 2026).

[16] The National — « ‘Get away’: One man’s account of people struggling to breathe after Sudan chemical attack ».

[17] The New York Times — « U.S. to Impose Sanctions on Sudan Over Use of Chemical Weapons » (22 mai 2025).

[18] Federal Register — Notice de sanctions, 22 U.S.C. 5605, effective 27 juin 2025.

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By Boutard

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